Synthèse réalisée par Stéphane Leroux et Jean-Pierre Fusari

Le fil rouge de la conférence portait sur la maîtrise de la qualité de l’air et sur ses conséquences sur la vie des citoyens, et l’évolution durable de la Métropole. 

Mots d’accueil

Denis BROLIQUIER, maire du 2eArr. de Lyon,ouvre les débats par un constat et un cri d’alarme. Il regrette que l’Écologie et le Développement Durable soient souvent, pour le citoyen ou pour les entreprises, synonyme de lourdeurs administratives importantes. C’est pourquoi, il se félicite que nous soyons les seuls à   Construire la Métropole pour Demain.

Christophe GEOURJON, conseiller municipal et métropolitain du 7earrondissement de Lyon, précise que cette conférence est la troisième organisée dans le cadre du collectif « Construisons la Métropole pour Demain ». Un collectif qu’il co-anime avec Marc GRIVEL, maire de Saint Cyr-au-Mont-d’Or et 1er vice-président de la Métropole de Lyon. L’objectif de ce collectif transpartisan est de favoriser le dialogue entre citoyens et élus pour essayer d’imaginer des solutions nouvelles pour Construire la Métropole de Demain

Il indique que les synthèses de ces débats sont en accès libre sur le site internet dédié : http://construisons-la-metropole-pour-demain.fr. Il présente les trois orateurs invités et souligne leur complémentarité. 

Présentation des conférenciers 

Gilles DEVOUASSOUX : Professeur des Universités-Praticien Hospitalier (PUPH), chef du service Pneumologie de l’Hôpital de la Croix-Rousse.

Pierre HEMON : Conseiller EELV de la ville de Lyon (3eArr.), élu de la Métropole en charge des mobilités actives et membre de la commission métropolitaine « Déplacements et voirie ». Il travaille en particulier sur les Zones à Faibles Émissions (ZFE) de la métropole de Lyon.

Marylène MILLET : Conseillère municipale UDI de Saint-Genis-Laval,élue de la Métropolemembre de la commission : Développement économique, numérique, insertion et emploi ; Développement solidaire et action sociale et présidente de l’Union Départementale des Centres Communaux d’Action Sociale (CCAS).


La pollution et la santé par le Pr Gilles DEVOUASSOUX:

Pollutions et maladies respiratoires

Comment analyser la corrélation entre maladie respiratoire et pollution ? 

 Aujourd’hui, la rhinite touche 20 %de la population. 10 %de la population adulte est concerné par l’asthme.  Problème majeur de santé publique, la pollution atmosphérique et la pollution domestique sont réellement des facteurs aggravants majeurs. 

En 1940, la concentration des particules fines dans l’air dans une ville comme Lyon, était 380 mg/m3.Le chauffage, principalement au charbon, était de mauvaise qualité et très polluant. 

Aujourd’hui et depuis 10 ou 15 ans, la concentration particulaire moyenne à Lyon est de 20 mg/m3.On a donc diminué la concentration par 20 environ. 

Cependant, cette concentration est largement suffisante pour entraîner une augmentation très importante des maladies allergiques et des maladies respiratoires en général. 

Mais il y a une maladie plus grave que l’asthme, c’est le cancer bronchique, appelé vulgairement le cancer des fumeurs ou des poumons. Cette maladie est essentiellement due au tabac. Pourtant, 20 %des patients atteints d’un cancer bronchiquen’ont jamais touché une cigarette. Il a été ainsi démontré qu’il y avait un surrisque important de cancer bronchique en cas d’exposition régulière à la pollution atmosphérique. (de plus de 15 % quand la concentration en particules fines augmentait de 10 mg/m3) Cela prouve donc qu’il existe une corrélation forte entre l’augmentation du niveau de pollution atmosphérique et l’augmentation du risque de cancer bronchique.

Pollution et prévalence des maladies cardiovasculaires

Nous faisons un constat identique pour les maladies cardiovasculaires. Lors de pic de pollution en ville, les services d’urgence enregistrent un accroissement du nombre de patients ayant un infarctus du myocarde ou un accident vasculaire cérébral. 

Pollution et mortalité

Il est dès lors évident que les conséquences de la pollution aux particules fines et au dioxyde d’azote ne sont pas simplement une toux et un essoufflement, mais ce sont des maladies graves, qui décompensent, et qui peuvent engager un pronostic vital. 

Publiée dans un grand journal de médecine, une étude démontre que lorsque la concentration de particules fines baisse simplement de 10 mg/m3, la mortalité chute de 20 % pour les patients atteints de BPCO ou d’asthme. Lorsqu’on agit contre la pollution atmosphérique, on obtient des résultats rapides et bénéfiques en termes de santé. 

Les résultats de cette étude ont confirmé les conclusions d’un rapport réalisé par l’APHEIS, notamment à Lyon (voir http://invs.santepubliquefrance.fr/publications/2006/apheis/lyon.pdf)

Je crois vous avoir apporté des éléments de démonstration qui prouvent que, si l’on fait des progrès en matière de pollution, on peut fortement diminuer les soucis de santé, les arrivées aux urgences, la consommation médicamenteuse. Il est important d’y sensibiliser la population en général. C’est important pour réduire les coûts de la santé, c’est important pour le bien commun. 

La qualité de l’air et l’action publique par Pierre Hémon

Je parle après un médecin. Je crois que tout ce qu’il a dit, je l’aurais dit moins bien et vous ne m’auriez pas forcément crue, parce que je suis un homme politique, et pas un spécialiste. 

 Les niveaux d’oxydes d’azote diminuent. Les niveaux de particules fines de 10 ou de 5 micromètres de diamètre diminuent. Seul, l’ozone augmente un peu, ce qui est principalement dû aux émissions de carbone qui ont un effet sur l’ozone. Au vu de ces améliorations, on a tendance à penser que tout s’arrange, que tout va mieux.

Et bien, c’est faux, car il existe des effets de seuil. La pollution atmosphérique reste préoccupante et il existe d’autres facteurs qui rentrent en ligne de compte et qui rendent la situation complexe.

 Il y a bien sûr à l’origine et en premier lieu, la pollution liée à la circulation automobile. Il faut savoir qu’environ 50 % de la circulation est liée aux déplacements des habitants de la Métropole (essentiellement trajet domicile-travail), et 50 % est issue du trafic exogène à la Métropole. La pollution atmosphérique peut également venir en partie des épandages agricoles en dehors des frontières de la Métropole 

Aussi, depuis 2009, la métropole fait l’objet d’une mise en garde potentiellement contentieuse de la part de l’Europe qui l’a alertée sur le non-respect des objectifs relatifs au taux de particules fines 

En 2015, le ton se durcit. Des pénalités pour non-respect des mesures environnementales sont prévues dans la loi. La Métropole est désormais sous la menace d’une amende de 100 000 euros par an, si elle ne respecte pas les seuils attendus. 

Aujourd’hui, notre principale volonté est de réduire les émissions d’oxydes d’azote puisque leur concentration atmosphérique est au-delà des normes admissibles, fixées par l’Europe. Pour ma part, je pense que nous devons faire beaucoup plus, en travaillant aussi sur les émissions de CO2et sur les particules fines. S’ajoute également le problème émergent des particules ultrafines. Nous n’avons pas de capteurs en France, alors qu’il en existe aux États-Unis. Mais que sont les particules ultrafines ? Par ordre de taille, les PM 10 sont des particules fines qui sont arrêtées par les poils du nez. Les PM 2,5 vont dans les alvéoles pulmonaires et les PM 0,01 traversent les parois pulmonaires. Ces dernières sont plus dangereuses. 

Ce que fait et veut faire la métropole : 

  1. Le plan oxygène, qui consiste à réduire les émissions des particules fines 
  2. La Zone à Faible Émission (ZFE).  Création d’une zone dans laquelle seront interdits d’entrer ou de circuler les véhicules âgés les plus polluants. Les poids lourds, et plus particulièrement les véhicules utilitaires légers font 25 % des kilomètresparcourus sur la métropole, mais produisent plus de 50 % des émissions de polluants, dont principalement du dioxyde d’azote. Le but est donc de limiter la circulation la plus polluante. À court terme, nous visons donc à interdire ce type de véhicules de circuler, en incitant les professionnels à en changer. 

 La vignette CRIT’AIR, obligatoire sur la Métropole, indique le niveau de pollution du véhicule (de 1 à 5). Si une demande de vignette n’a pas été honorée, c’est sans doute parce que le véhicule a plus de 21 ans et qu’il est donc très polluant. Il faut s’en séparer le plus rapidement possible. 

 Un rapport sur le site internet d’ATMO AURA. Dans les effets attendus par cette mesure, la pollution va sensiblement diminuer à l’intérieur de ce périmètre. 

 Les calculs et projections faits par ATMO -AURA montrent que dans quelques années, les prévisions de pollution atmosphérique seront tout à fait conformes aux normes européennes attendues, ce qui nous évitera de payer une lourde amende. 

Il faut bien comprendre que 90 % des personnes les plus exposées à la pollution atmosphérique vivent à l’intérieur du périmètre de la ZFE. Le 2eet le 1erarr. sont sans doute les arrondissements les plus pollués de la métropole de Lyon, tout comme les communes qui sont à proximité du périphérique. Le tunnel de la Croix-Rousse, et particulièrement sa sortie, sont très pollué. Cette dernière débouche juste à côté d’une école ! Il y a donc un certain nombre de points noirs.

Le développement durable et l’action publique par Marylène MILLET

Un petit rappel en préambule, un CCAS (Centre Communal d’Action Sociale) est l’entité qui porte la politique sociale de la commune. Cette structure existe uniquement dans les villes de plus de 1500 habitants. C’est un organisme paritaire, c’est-à-dire qu’il est composé à la fois d’élus et des représentants du monde associatif suivant une organisation obligatoire. 

Pourquoi participer à ce débat sur le développement durable ?  Parce que les populations les plus précaires sont malheureusement celles qui sont souvent les plus impactées. 

Ce sont les personnes qui n’ont pas forcément la capacité d’acheter un véhicule non polluant. Or, des mesures sur l’interdiction de circuler des véhicules polluants les touchent directement.

 Leurs appartements qui sont des « passoires » énergétiques, et qui génèrent beaucoup de pollution. Il y a 2 ans, l’Union départementale des CCAS, association que je préside, a réalisé une étude en lien avec la Mission Régionale d’Information sur l’Exclusion, la MRIE, qui a montré les choix que les plus précaires étaient amenés à faire. Lorsqu’on a un petit budget, on peut faire le choix de ne pas chauffer son appartement. Ne pas avoir de chauffage dans son logement, a une incidence indirecte sur les enfants qui ne peuvent pas faire leurs devoirs dans des conditions correctes. Ce qui peut être une cause d’échec scolaire, et donc de précarité. 

Le gouvernement promeut le changement de mode de chauffage, pour des solutions plus économiques et plus éco responsables. Le coût de cette mesure est élevé et n’est pas applicable à ce type de population.

 Le chèque énergie est un dispositif qui a été lancé dans le cadre de la loi sur la transition énergétique. L’intention est louable. Mais la manière dont cela s’applique ne correspond pas forcément aux objectifs initiaux. Les personnes qui ne payent pas d’impôt reçoivent un chèque, qu’elles peuvent envoyer à leur fournisseur d’énergie. L’idée de la loi était de permettre à des personnes d’utiliser ce chèque sur d’autres moyens de chauffe tels que le bois ou le fioul. Cela peut prêter à sourire de voir qu’une loi sur la transition énergétique favorise l’utilisation du fioul ou du bois, mais c’est malheureusement une réalité notamment dans les territoires ruraux. À Lyon aussi, des gens demandent des aides pour remplir une cuve de fioul ou acheter du bois, qui génèrent tous deux de la pollution aux particules fines et aux NOX.

En conclusion, il convient de souligner que les conséquences de la précarité en général et de la précarité énergétique en particulier, touchent à la fois les adultes et les enfants.  Généralement, ces personnes ne partent jamais en vacances. Ce sont donc les populations les plus exposées l’été, dans une ville comme Lyon, lors de pics de pollution et d’épisodes de fortes chaleurs. Si les conséquences de la pollution touchent tout le monde, elles affectent donc tout particulièrement les personnes les moins fortunées. 


Débats et échanges

Question de Corinne CARDONA (Maire de Poleymieux au Mont d’Or, conseillère métropolitaine) : “Je n’ai entendu parler véritablement que de la voiture ! N’est-elle que le seul facteur de pollution de notre Métropole ? Pourquoi ne parle-t-on jamais du transport aérien, du transport fluvial et des industries du bassin de la chimie ? Je crois que tout cela nous pollue également de façon importante ? De tels discours nous font culpabiliser lorsqu’on prend son volant ! On se dit que nous sommes en train de polluer tout le monde. 

Pense-t-on aux jeunes qui démarrent dans la vie active ? Et les personnes à petites retraites, qui n’ont pas les moyens de changer leur vieille voiture. Comment peut-on les aider ? 

Peut-on élargir le débat également aux transports en commun : dans ma petite commune ils sont inexistants ou presque.  Quatre départs de bus le matin et quatre le soir et c’est tout. Le Val de Saône est mal desservi et de fait, nous sommes obligés de prendre nos voitures.”

Réponse de Pierre HEMON : Vous culpabilisez dans votre voiture. Et bien, je dirais tant mieux ! Puisque au moins cela vous fait réfléchir sur la nature et les modes de vos déplacements. Faut-il que je me déplace moins, uniquement quand cela est utile ou bien, devrais-je faire du covoiturage lorsque je me rends en ville ? 

Une des solutions pourrait être, au niveau local et encore mieux au niveau de la métropole, de développer des espaces de co-working publics ou privés. Au lieu de prendre leur voiture pour venir travailler, les personnes auraient accès aux espaces de co-working près de chez eux, ou encore, ils feraient du télétravail, sans avoir à se déplacer (c’est inscrit dans la loi pour la transition énergétique). 

Sur le transport aérien :vous avez complètement raison. La métropole n’a pas autorité pour empêcher les avions de survoler son territoire. Ceci relève en partie d’une politique nationale, voire internationale. C’est donc au niveau de l’État qu’une politique de taxation du kérosène pourrait être mise en place. Le prix du carburant relève de négociations au niveau international et fait l’objet d’une régulation mondiale. Pourquoi ne pas proposer de taxer le kérosène sur les vols domestiques ? 

Sur le trafic fluvial :Vous avez également complètement raison. Ces péniches qui fonctionnent au fioul lourd sont une plaie pour l’environnement, non seulement pour les fortes émissions de polluants dans l’air, mais aussi pour la destruction des rives qu’elles engendrent. 

Une convention existe entre la Métropole et les Voies Navigables de France. Malheureusement, au niveau de l’exécutif de la Métropole, il y a des désaccords quant aux politiques à appliquer. Personnellement, je souhaiterais que soient instaurées des conditions à la traversée de la métropole de ces véhicules fluviaux de croisière. Une idée serait que les bateaux les plus polluants soient taxés à l’entrée dans la métropole. C’est possible, d’autres villes le font comme Hambourg, Amsterdam, etc. 

Sur l’industrie chimique : Il faut regarder les données communiquées par ATMO AURA.  Les taux de pollution sont donnés jour par jour, heure par heure, pour chaque balise installée dans le couloir de la chimie et à ses environs. Ce sont les industriels qui ont le plus travaillé, fait les plus gros efforts, et le plus progressé dans la maîtrise et la réduction de la pollution sur ces vingt dernières années. 

Vieilles voitures et aides à la conversion : 20 % des ménages les plus pauvres n’ont pas de voiture. Pour tous les jeunes qui ont de vieilles voitures, il existe une aide à la conversion pour l’achat d’un véhicule moins polluant, neuf ou d’occasion. Cette prime, versée par l’État, s’élève à un maximum de 4 000€. Une étude récente faite par l’Auto Journal sur la base de l’Argus, a démontré qu’avec un apport personnel de 1000€, cumulé avec la prime d’état, soit avec une somme de 5000 €, il est possible de s’acheter une petite voiture d’occasion, électrique ou à essence, moins polluante (diesel exclu). Il existe à ce prix-là toute une série de petites voitures accessibles sur le marché d’occasion. 

Question de Denis BROLIQUIER : S’il revient aux collectivités locales d’octroyer directement sur leur budget les 1000 € aux demandeurs de leur commune, cela peut très vite représenter des sommes très importantes qui ne seront pas supportables par les communes ! Cela pose un problème de principe. C’est ce qu’on a fait pour les vélos électriques, avec succès c’est vrai, mais ce ne sont pas les mêmes montants. 

Réponse de Pierre HEMON: Je vous rappelle les données : les véhicules les plus polluants, i.e. ceux auxquels on ne délivre pas la vignette CRIT’AIR, représentent 4 pour cent du parc automobile ! Ilvaut donc mieux dépenser cet argent à aider les gens plutôt qu’à payer des amendes et cela nous coûtera sans doute moins cher ! 

C’est par nos attitudes individuelles que nous pourrons réduire la pollution. Je peux ne pas prendre la voiture ou la prendre moins souvent ou partager mon véhicule. 

PUBLIC : Les gens ne culpabilisent pas aujourd’hui. Il n’y a qu’à voir et entendre les discours des gilets jaunes. Ils en ont marre que ce soit les petits qui prennent pour les gros. On manque surtout de pédagogie pour l’expliquer. 

J’ai un peu de mal à concevoir que notre industrie chimique aux portes de Lyon, soit comme Tchernobyl ! La pollution s’arrêterait-elle, s’arrête-t-elle, à la frontière de la Métropole ? Quelles sont les mesures mises en place pour connaître l’impact sur au niveau du centre-ville ? 

Vous souhaitez repousser les voitures à l’extérieur de Lyon. C’est très bien.  Mais pour les personnes extérieures à Lyon qui viennent travailler en ville, elles sont confrontées au manque de places de parking à proximité des métros.

Enfin, le métro.  Vous parlez de précarité et de l’attention que l’on doit porter aux plus pauvres. Dans les mesures que vous préconisez, vous incitez les gens à prendre les transports en commun. Mais luttez-vous réellement contre cette précarité et souhaitez-vous véritablement améliorer le pouvoir d’achat ? Alors, pourquoi avoir augmenté les tarifs du métro.

Question de NICOLAS, ancien administrateur des Compostiers : Avec mon association LES COMPOSTIERS, nous avons cherché à faire comprendre aux bailleurs sociaux que l’amélioration de l’habitat passait par des changements de culture. Notamment le développement de choses qui ne coûte pas très cher en soi. Ce sont les murs végétalisés et les jardins partagés. Ils maintiennent un lien social très fort dans les quartiers où ils sont développés. Est-ce que la Métropole a l’intention de les développer. Même question pour le compostage collectif qui participe à la transition énergétique ? 

MOUS : Ma question est assez simple : N’y a-t-il pas un gros décalage entre les enjeux économiques et l’écologie. Tous les gouvernements, les différents partis politiques, parlent d’écologie. Nous parlions tout à l’heure de la taxe carbone et des différentes taxes sur les transporteurs. Depuis 2015, un texte de loi permet d’accorder des ristournes sur la facture d’électricité des plus gros consommateurs. Cela a représenté près de 140 M€ en 2017 accordés aux sociétés les plus consommatrices d’électricité. Il y a un décalage entre les enjeux de l’économie et les enjeux de l’écologie.

 Je me suis également renseignée sur ce que rapportent les taxes (carburant, contrôle technique, etc.) sur l’automobile en France. Elles représentent 64 milliards d’euros en 2017. Si aujourd’hui, d’un coup de baguette magique, 25 % des Français devenaient écoresponsables, qu’ils n’utilisent plus leur voiture, cela créerait un manque à gagner de 13 milliards dans les recettes de l’État. On sait pertinemment que tout gouvernement a besoin de recettes fiscales. Donc, n’y-a-t-il pas un grand décalage entre le monde économique et notre désir de développer l’écologie. Notre économie est basée sur la croissance et la consommation. Est-ce que ce n’est pas le système complet qui serait à changer ?  

Marc GRIVEL : J’ai une question qui est un peu en décalage par rapport au souci que vous avez évoqué. Je voudrais m’adresser à vous, M. DEVOUASSOUX en tant que médecin. On peut tous faire attention, prendre des mesures, intervenir, jouer sur les comportements, d’abord les nôtres, mais aussi à l’intérieur de notre famille, etc. Vous avez certainement le contact avec ce public particulier que sont les enfants. Quelle remarque ou quelle alerte un médecin peut nous donner sur notre rôle, d’adultes, de parents ou de grands-parents, mais aussi de professeurs des écoles par exemple, sur le comportement que nous devons avoir ou ce que nous devons enseigner vis à vis des enfants. Par exemple, comment informer et former les enseignants, alerter sur les pics de pollution et leur niveau de dangerosité.  Comment leur apprendre les attitudes, les actes, que les adultes doivent avoir vis-à-vis de ses enfants, en prévention et dans le cas de telles alertes à la pollution ? À titre d’exemple, écourter la durée de la récréation, etc. 

Dr. DEVOUASSOUX :Je ne suis pas pédiatre, donc je vois surtout des adultes et quelques adolescents. Ces derniers ont souvent des activités sportives de plein air, pendant lesquelles ils peuvent être exposés fortement à la pollution atmosphérique. Ce n’est pas une bonne chose, que l’on soit enfant adolescent ou jeune adulte.  C’est vrai que, sous réserve qu’ils écoutent les informations et je ne suis pas sûr qu’elle soit extrêmement divulguée et entendue par ces populations-là, l’école est un bon moment pour faire passer les messages notamment lorsqu’il y a un pic de pollution, et il arrive près 50 jours par an que le seuil des 50mg/m3de particules liées au diesel soit dépassé sur Lyon.

 Il doit y avoir des messages dans les écoles, dans les établissements qui hébergent des malades, et auprès des populations les plus fragiles. Je pense qu’il est important que les différentes structures qui reçoivent des usagers, des malades ou des personnes fragiles, les alertent et sachent prendre les mesures appropriées pour les protéger. 

PUBLIC :Quelles sont les protections individuelles possibles, pour éviter de respirer un air pollué ?

Pr. DEVOUASSOUX : Certains préconisent des masques pour lutter contre la pollution aérienne. Beaucoup en portent au Japon. On les voit aussi portés par des cyclistes. Il faut savoir qu’ils sont très peu efficaces. Avec l’humidification de la bouche, les masques perdent leurs caractéristiques protectrices très rapidement. 

De même, il y a eu des efforts dans la vallée de la chimie. La concentration en oxydes d’azote, en benzène, en monoxyde de carbone et d’autres hydrocarbures a diminué.  On devrait quand même faire des études épidémiologiques pour montrer que ce n’est pas encore suffisant. 

Pierre HEMON: Sur les parkings relais, deux points : Oui il n’y en a pas assez.  Mais il faut clairement en faire plus et plus loin. 

Sur la pollution dans le métro, oui, il y en a effectivement, mais on y reste peu de temps. Mais l’endroit le plus pollué, c’est l’habitacle de la voiture. Non seulement Madame CARDONA vous culpabilisez, mais en plus vous détériorez votre santé !

Marc GRIVEL et moi-même sommes administrateurs du SYTRAL. Une tarification solidaire existe et elle est applicable y compris aux plus précaires. Des gens qui sont au RSA payent aujourd’hui un abonnement de moins de 10€/mois. Il faut le savoir. Mais on peut encore l’améliorer. 

Pour les retraités, j’ai expliqué au SYTRAL qu’à partir de 65 ans, le tarif est à 50 %. Suite aux études qui ont été faites, j’ai demandé au SYTRAL que cette réduction s’applique dès le départ en retraite. En effet, des employés, habitués à ne payer que 50 % de l’abonnement, se retrouvent à payer le même abonnement 2 fois plus cher lorsqu’ils partent en retraite à 60 ans au lieu de 65 ans. Ceci les incite donc à reprendre leur voiture. 

Marylène MILLET :Je voudrais compléter les propos sur les transports en commun, en précisant que les Centres Communaux d’Actions sociales ont une convention avec le SYTRAL qui permet d’avoir des tickets que l’on peut donner évidemment sur justificatifs, à des personnes précaires pour que celles-ci puissent se déplacer. Nous n’en avons pas parlé, un des freins à l’emploi est le fait qu’une personne précaire ne puisse se payer un ticket TCL pour se rendre à son entretien d’embauche. 

Sur le traitement des déchets en compost, créer des jardins partagés par exemple dans les résidences sociales permet aussi de créer du lien et d’encourager le compostage naturel tout en lui trouvant un débouché. 

Hélène :  Petite question de citoyen : On incite les gens à modifier leur comportement et à privilégier les transports en commun par rapport à la voiture, à prendre leur vélo ou à faire du covoiturage.  Moi je prends tous les matins mon vélo pour aller d’Écully à la Part-Dieu, soit 12 km. Dans les embouteillages, je respire les gaz d’échappement, particulièrement dans les embouteillages et derrière les camions. Vous avez dit que l’habitacle de la voiture était l’endroit le plus pollué. Moi je me pose la question de ce que je dois faire. Est-ce que je contribue en ne prenant pas ma voiture, à ce que ma ville soit moins polluée, est-ce que finalement, je ne m’empoisonne pas plus qu’en prenant ma voiture en prenant mon vélo ? Quel est l’avis du médecin.

Pr. DEVOUASSOUX : Effectivement, il est plus dangereux faire de l’exercice physique de longue durée à vélo en ville. Il vaut mieux faire du vélo le week-end au parc de la tête d’or ou dans la forêt. Clairement, je vous déconseille de prendre votre vélo tous les jours pour vous rendre à votre travail. 

PUBLIC :Il pourrait être intéressant de pouvoir accrocher les vélos à l’arrière du bus, parce qu’il y a des côtes qu’il est difficile de monter à vélo. Pourquoi cette solution n’existe pas ? 

Concernant notre contribution au développement durable je pense que nous pouvons déjà réfléchir sur notre consommation. Diminuer notre consommation de viande, prendre plus de légumineuses permet de diviser par deux le prix de son panier. 

Sur le chauffage, je fais de la gestion locative et je constate aujourd’hui que dans les immeubles, on a des jeunes de 30 ans qui ne sont pas éduqués et qui chauffent à fond, les fenêtres ouvertes ! Il y a donc un gros travail d’éducation à l’école et dans les familles pour que les jeunes prennent de bonnes habitudes de consommation, de chauffage et de comportement de façon générale. C’est aujourd’hui, le meilleur moyen d’augmenter son pouvoir d’achat et de contribuer ainsi, à sa petite échelle, à la préservation de l’environnement. 

Marylène MILLET :L’action sur l’alimentation peut se faire au niveau des cantines et il y a beaucoup de communes qui proposent des repas sans viande. Cela permet également d’avoir des aliments de meilleure qualité, pas forcément bio, mais au moins achetés dans la sphère locale. Je crois que la Région a créé une centrale d’achat pour favoriser l’achat de produits locaux. C’est aussi un moyen de réduire notre empreinte énergétique.

Concernant les populations précaires, ce sont souvent elles qui mangent les produits les plus gras, les matières les plus hydrogénées. Regardez la composition des aliments dans les rayons premier prix des supermarchés et vous en serez effrayés. De même, la plupart des enfants préfèrent des salades en sachet. Pourquoi ? Parce que nous avons appris à cuisiner de façon rapide.  Ouvrir un sachet de salade, c’est plus facile. J’aime rappeler que produire un kilo de bœuf nécessite 5000 litres d’eau ! 

PUBLIC :L’utilisation des transports en commun a plus que doublé en 2 ans à Lyon. Un habitant réalise en moyenne un trajet par jour en transport en commun dans l’agglomération lyonnaise ce qui est une progression énorme. Donc cela démontre que le la population est sensibilisée et fait des efforts en matière de réduction de la pollution. 

Est-ce qu’on doit faire une étude au sein de la métropole sur l’ensemble de son territoire pour rendre les transports en commun gratuits, comme le font d’autres villes comme Calais. Je me pose la question ? Est-ce que cette question est idiote ? Est-ce possible ? 

Pierre HEMON :Il y a eu beaucoup d’études sur les transports gratuits. Si on supprimait la contribution des usagers TCL, soit environ 250 millions d’euros, pour rendre les transports gratuits, cela veut dire que ce serait autant d’argent qu’on n’investirait pas pour construire un nouveau métro ou une nouvelle ligne de tram pour développer les transports en commun vers l’Est. Les études faites par l’enquête « Ménage & Déplacements », qui a permis de modéliser le plan de déplacement urbain, montrent que l’usage de la voiture tend à diminuer dans plein d’endroits dans Villeurbanne. Alors qu’elle continue à augmenter dans le quadrant Ouest vers Saint Symphorien d’Ozon. Dans ces endroits-là, il y a énormément besoin de développer du transport de qualité. Donc il faut augmenter les fréquences des bus, il faut améliorer leur qualité et investir dans des bus propres, comme les bus à hydrogène par exemple ou au gaz naturel ou électrique. Un bus électrique coûte environ 600 mille euros, soit le double d’un bus ordinaire diesel. Donc les besoins d’investissements sont énormes. Aujourd’hui, nous n’en avons pas les moyens. Vous avez vu que le Luxembourg va effectivement passer aux transports en commun gratuits. C’est tout l’avantage d’un paradis fiscal…

PUBLIC :Que sait-on de la pollution des nouveaux moteurs diesel ? Est-ce que cela ne pollue pas ?

Pr. DEVOUASSOUX :Les effets de ces nouveaux moteurs ont été calculés. Ils baissent la mortalité d’un facteur 5, avec un diesel classique, à un facteur 2, ce qui correspond à peu près au niveau des moteurs à essence.

Jean-Pierre FUSARI :Concernant la qualité de l’air, on peut comprendre les mouvements sociaux actuels déclenchés par les taxes sur le carburant. Seulement 19 % de ces taxes vont vers l’écologie et l’environnement. Pourquoi ne s’est-on pas plutôt attaqué à la consommation du véhicule et surtout aux pots d’échappement pour une plus faible émission de particules avec des filtres ?  

Pr DEVOUASSOUX : Je pense c’est techniquement très difficile. Je rappelle que Volkswagen et Renault ont de gros soucis contentieux sur l’échappement de leurs véhicules. 

Christophe GEOURJON : Quel effet ont les arbres, les espaces verts, dans la ville sur le taux de particules, la pollution de l’air ? 

Dr. DEVOUASSOUX :Les espaces verts captent le carbone, mais pas les particules ni les oxydes d’azote. Par contre, ils permettent de réduire fortement la température en été et dégagent de l’oxygène par la photosynthèse.  


Conclusion

Pierre HEMON :

 Malheureusement, tout ne peut pas se résoudre d’un coup de baguette magique. Nous pouvons intervenir collectivement sur certaines choses, politiquement au niveau national, voir même au niveau européen, mais il y a des choses au niveau local, de la métropole, de sa commune, de son quartier, avec ses voisins. Si chacun, nous diminuions de 10% l’usage de notre voiture, nous nous porterions 10 fois mieux. Il y a deux attitudes que nous devons éliminer : le déni et « l’élimination par le haut ». L’élimination par le haut, c’est de se dire qu’il y a tellement de problème qui me dépassent et qui sont apparemment complexes, que c’est aux gouvernants de les résoudre. 

Marylène MILLET :

Je trouve qu’il y a beaucoup d’injonctions contradictoires qui sont compliquées pour les citoyens. Pour moi, ce que j’ai retenu dans cette soirée, c’était un mot :PEDAGOGIE.  La pédagogie, c’est apprendre à s’approprier les choses. On ne peut pas tout attendre des politiques et de l’état. Chacun doit pouvoir se réapproprier son pouvoir d’agir. Par exemple. J’ai fait le choix de prendre mon vélo. Je sais que c’est une petite goutte d’eau dans l’océan. On peut manger autrement ou consommer plus local. Tout cela participe à une amélioration de l’environnement. Bien sûr qu’il y a une instance habilitée de politique générale qui trace de grandes solutions, mais chacun doit garder son pouvoir d’agir auprès de chacun et avec le monde en général. 

Pr. DEVOUASSOUX : 

Les actions dans la lutte contre la pollution atmosphérique ont de vraies répercussions sur le plan sanitaire. Il est très important d’y être sensibilisé et d’agir. Vous connaissez maintenant les données. On peut les améliorer. Comme l’a dit M. Hémon, chacun peut faire quelque chose à son niveau. J’ai bien vu dans ce débat la complexité qui peut exister dans la mise en œuvre des mesures proposées. Je ne m’occupe pas de politique, je n’ai aucune responsabilité à quelque niveau que ce soit, mais je sais que dès que l’on touche à quelque chose, 50 problèmes apparaissent. C’est trop facile de dire « Il y a plus qu’à, il faut qu’on ».  Il faut nous contraindre de notre côté à faire des efforts au niveau individuel, et on verra, je le crois, des résultats en écologie, et rapidement des améliorations sanitaires.

 Marc GRIVEL :

Ma conclusion sera en deux points : 

  • Le Professeur DEVOUASSOUX a résumé sa conclusion en une phrase très positive et optimiste : Quand nous agissons de façon individuelle, nous générons des améliorations pour notre environnement et notre santé à un niveau plus global. Cela a été le fil conducteur de toutes les discussions que nous avons entendues ce soir. En fait, on a retrouvé les 4 thèmes initiaux :
    •  Le premier est qu’il faut trouver des solutions. Nous avons parlé d’alimentation, d’arbres dans la ville, de moteurs à plus faibles émissions, du développement de transports en commun, de la prime à la conversion de voiture (1000€), etc. Nous voyons bien que nous pouvons chercher des solutions et les trouver à notre niveau, dans notre quotidien et que nous pouvons mettre en pratique.
    • Le deuxième thème concerne notre comportement individuel. Ce sont nos décisions et nos choix de tous les jours qui doivent nous amener à avoir des attitudes éco-responsables.
    • Le troisième thème porte sur l’attention particulière que nous devons porter aux populations les plus précaires et les plus fragiles. Nous savons que ce sont ces populations qui sont les plus impactées par la pollution, dans leur alimentation, dans leur mode de transport, mais aussi par nos décisions politiques dans les mesures que nous mettons en place.
    • Enfin, le quatrième thème, plus général, illustre le décalage qui existe entre économie et écologie qui n’est pas toujours facile à résorber.  On oscille entre différents modèles économiques, croissance / décroissance, entre deux visions : fin du monde et fin du mois !

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *